Chaque année, le retour de l’été en France et en Europe marque aussi le départ de la saison des feux de forêt. Depuis quelques années, la tendance est claire : cette saison commence de plus en plus tôt, s’achève toujours plus tard, avec des incendies qui gagnent en intensité. Ainsi l’année 2026 s’inscrit dans cette tendance et les feux de forêt ne cessent d’occuper l’actualité : à Trévillach, dans les Pyrénées-Orientales où 4900 hectares (ha) sont partis en fumée, à Die dans la Drôme avec 4400 ha brûlés, ou encore à Fontainebleau où les deux foyers ont parcouru 2250 ha, selon les chiffres de l’association de prévention et signalement des feux de forêt. Concernant le feu de Fontainebleau, il s’agit de celui ayant brûlé la plus grande surface jamais enregistrée.
À l’échelle nationale, 2026 est d’ores et déjà une des années les plus dévastatrices en se plaçant à la troisième place du podium en termes de surface brûlée après 2022 et 2019, comme le montre le graphique de l’EFFIS ci-dessous, avec plus de 40 000 ha détruits alors que la saison est loin d’être terminée. L’Union Européenne a connu en 2025 la pire saison d’incendies depuis le début des relevés satellite EFFIS en 2006. En effet, plus d’1 million d’hectares ont brûlé, dépassant le précédent record de 2017. L’Espagne et le Portugal concentrent à eux seuls près de 70% de cette surface.

Comment expliquer ces chiffres ? Qu’est-ce qui est à l’origine des feux ? Quels sont les liens entre le réchauffement climatique et les feux de forêts ? Quelles sont les conséquences de ces feux ? Voici quelques éléments de réponse dans cet article.
Sommaire
Le rôle de la météo : la règle des « 3 30 »
Un incendie a besoin de trois ingrédients pour naître et se propager, à commencer par une source d’ignition. Dans 9 cas sur 10, cette source est d’origine humaine comme le rappelle l’Office National des Forêts (ONF). La seule cause naturelle des feux de forêt en France métropolitaine est la foudre, lors d’un éclair nuage-sol. Le départ de feu est le plus souvent circonscrit par la pluie qui accompagne généralement les orages. On peut classer les sources humaines en trois catégories : accidentelle (voiture en feu au bord d’une route), imprudence ou négligence (jet de mégot, barbecue, bricolage…), ou volontaire (pyromane).
Les autres ingrédients nécessaires à un feu sont la disponibilité en combustible (la végétation) ainsi que des conditions atmosphériques propices à sa propagation. C’est sur ce dernier point que la météo joue un rôle déterminant, via ce que les pompiers ont nommé la règle des “3 30”, utilisée depuis 2018 pour évaluer le danger de feux de forêt. Le risque d’incendie devient important lorsque trois seuils sont franchis simultanément :
- une température supérieure à 30°C ;
- une humidité relative de l’air inférieure à 30% ;
- un vent soufflant à plus de 30km/h.
Chaque paramètre agit de manière distincte sur la propagation d’un feu de forêt : la chaleur favorise l’intensification d’un départ de feu. Combiné à un faible taux d’humidité, cela contribue à assécher la végétation à cause de l’évapotranspiration, ce qui la rend plus facile à enflammer. Le vent, quant à lui, accélère la propagation du feu en l’attisant et en favorisant le déplacement de flammèches et de braises sur plusieurs mètres, ce qui permet au feu de passer d’un côté d’une route à l’autre par exemple. Ces trois conditions réunies rendent un feu de forêt plus difficile à fixer.
Le vent ne fait pas qu’accélérer un feu : sa direction détermine sa trajectoire et sa vitesse de propagation, et son type peut transformer un incendie maîtrisable en un brasier géant. Sur le pourtour méditerranéen, le mistral et la tramontane sont des vents secs, forts et soufflant sur plusieurs jours. C’est ce type de vent qui a porté l’incendie de l’Aude en 2025 dans le secteur de la Ribaute, dans le massif des Corbières, qui a ravagé 17 000 ha de forêt. Dans l’Ouest américain, ce sont les vents de Santa Ana, chauds et descendants, qui ont propulsé les feux de Los Angeles en janvier 2025 à une vitesse fulgurante malgré la saison hivernale.
Les feux de forêt : une conséquence indirecte du réchauffement climatique
Au-delà de l’humidité de l’air mesurée à l’instant T, c’est le déficit hydrique cumulé de la végétation et des sols qui conditionne l’inflammabilité du terrain. Une végétation qui a subi plusieurs semaines de sécheresse voit sa teneur en eau chuter fortement, ce qui facilite l’inflammation, puis la propagation du feu, parfois en quelques secondes. Paradoxalement, une fin d’hiver et un printemps très humides favorisent également le risque estival de feux de forêt. En effet, d’importantes quantités de pluie vont favoriser la croissance de la végétation. Dans le cas où cette saison humide est suivie d’une sécheresse, cette végétation va ensuite rapidement s’assécher, et finalement fournir une source importante de combustible. C’est exactement cela qui a favorisé le méga-feu de Los Angeles.
En favorisant les extrêmes, le réchauffement climatique permet ces successions de périodes de forte pluviométrie et de saison aride. Ainsi, selon le GIEC (FAQ2.3), des régions comme l’Amazonie, l’Australie, l’Amérique du Nord ou encore la Sibérie voient leurs surfaces brûlées augmenter. Le graphique ci-après illustre ceci pour l’ouest des États-Unis sur la période 1985-2015, avec une surface brûlée doublée, ce qui représente une addition de 4,9 millions d’ha, soit plus que la taille d’un pays comme la Suisse.

Au Canada, le réchauffement climatique a causé des incendies qui ont brûlé 7 à 11 fois plus de surface que sans le réchauffement. Les méga-feux, qui se différencient des feux classiques par l’ampleur de la zone concernée, la vitesse et l’intensité de propagation, ainsi que par des dégâts exceptionnels, reviennent fréquemment dans l’actualité : en 2023, un record de 16 millions d’ha de forêt sont partis en fumée, soit l’équivalent d’un quart du territoire de la France.
De manière globale, les projections du GIEC indiquent qu’avec un réchauffement mondial à +2°C, les surfaces brûlées dans le monde pourraient augmenter d’environ 35% par rapport à aujourd’hui (IPCC AR6 WGII TS S.C.1.1).
En Europe du Sud, le changement climatique a déjà multiplié par cinq la probabilité de conditions extrêmement chaudes propices aux incendies, avec une intensité de ces épisodes augmentée de 15 % pour seulement +1,3 °C de réchauffement global observé à ce jour. Une étude d’attribution portant spécifiquement sur la vague d’incendies extrêmes de l’été 2022 dans le Sud-Ouest de la France a confirmé la responsabilité directe du changement climatique d’origine anthropique dans l’intensité de cet épisode (Lanet, Li, Ehret et al., 2024, Climate and Atmospheric Science).
El Niño, un accélérateur à l’échelle planétaire
Le réchauffement climatique n’est pas la seule cause d’une augmentation des surfaces brûlées. Par exemple, El Niño, qui correspond à la phase chaude d’un cycle court d’une variation climatique dans le Pacifique, redistribue les régimes de précipitations sur l’ensemble du voisinage de l’océan Pacifique, de l’Australie à l’Amérique du Sud, et de l’Asie du Sud-Est à l’Amérique du Nord. Cette variation du climat génère un déficit pluviométrique marqué sur l’Australie et l’Indonésie, entraînant d’importantes sécheresses, avec donc un risque accru d’incendie.
En Amazonie, les sécheresses deviennent également plus fréquentes, ce qui est là aussi propice aux feux de forêts tropicales, phénomène également renforcé par l’activité humaine, notamment la déforestation. Les incendies tropicaux sont d’ailleurs devenus en 2024 la première cause de destruction des forêts tropicales primaires dans le monde, devant l’expansion agricole, comme l’indique le HCC dans son rapport de 2026.
En Californie, et plus généralement dans le sud des États-Unis, El Niño va au contraire favoriser des précipitations hivernales substantielles, permettant un large développement végétatif, fournissant ainsi une grande quantité de combustible en cas d’été sec.
L’évolution actuelle en 2026 laisse à penser qu’un scénario de type “super El Niño” pourrait émerger dès cette année, ce qui, combiné au réchauffement climatique de fond, aggraverait les risques de conditions climatiques extrêmes.
Où et quand le risque est-il le plus marqué en France ?
Avec 17,6 millions d’ha de forêt en métropole, auxquels s’ajoutent 8,2 millions d’ha en outre-mer, dont 8 millions rien qu’en Guyane (source : HCC 2026), la France dispose d’un patrimoine forestier considérable, mais de plus en plus exposé. Historiquement, le risque d’incendie se concentre sur le pourtour méditerranéen, la Corse et le massif landais, avec un pic d’activité des feux de forêts entre juillet et septembre. Mais cette géographie évolue rapidement sous l’effet du changement climatique.
Ainsi, la superficie du territoire français exposée à des conditions météorologiques favorables aux incendies a été multipliée par 2,5 entre les périodes 1961-1990 et 2016-2025. Elle concerne désormais 55% du territoire national, contre 21% en moyenne sur la période de référence antérieure, comme l’indique le rapport de 2026 du Haut Conseil pour le Climat (HCC). Le risque progresse en particulier vers le centre-ouest et le nord du pays, l’incendie record de Fontainebleau en étant un exemple. Une des preuves de cette évolution : en 2026, quatre nouveaux départements ont été classés comme comportant des massifs à haut risque incendie : la Corrèze, la Haute-Loire, la Seine-et-Marne et l’Essonne.

Cette bascule se lit déjà dans les statistiques récentes. En 2025, 35 600 hectares sont partis en fumée en France selon les statistiques de l’observatoire européen Copernicus-EFFIS, soit plus du double de la moyenne nationale 2006-2021 (environ 14 000 ha/an).
Les conséquences des incendies de forêt

Les conséquences des feux de forêt ne se limitent pas à la destruction de massifs forestiers : ils ont aussi des impacts sur la santé publique, l’économie, les écosystèmes et sur le cycle du carbone. Les fumées associées aux feux de forêt dégradent la qualité de l’air, exposant les populations à proximité, mais aussi à distance, via le transport des particules fines par le vent, conduisant à un risque accru de pathologies respiratoires et cardiovasculaires. L’exemple australien des mégafeux de la saison 2019-2020 (les “Black Summer fires”) est un des plus marquants : les flammes ont directement causé une trentaine de décès, mais la pollution de l’air liée aux fumées a entraîné plusieurs centaines de décès additionnels et des milliers d’hospitalisations, pour un coût sanitaire évalué à près de 2 milliards de dollars (HCC 2026).
À l’échelle mondiale, l’ampleur du phénomène est considérable. Le Lancet Countdown évoque un nombre record de décès attribuables aux fumées d’incendies pour l’année 2024 (Romanello et al., 2025, The Lancet, vol. 406). L’ONU relaye de son côté une estimation d’environ 339 000 décès par an liés à l’exposition aux fumées de feux de végétation. En détruisant des surfaces agricoles et/ou des ressources agroforestières, les feux peuvent localement mettre à mal le système alimentaire, et, dans les cas les plus graves, favoriser le développement et la propagation de maladies liées à la malnutrition.
Les feux de forêt représentent un poste de perte en très forte croissance pour les assurances. Les incendies de Los Angeles début 2025 en sont l’illustration la plus frappante : 40 milliards de dollars de pertes, soit l’événement le plus coûteux jamais enregistré à l’échelle mondiale selon le réassureur Swiss Re. Comme évoqué juste au-dessus, les feux peuvent également avoir un impact sur la production agricole, ainsi que sur le tourisme.
Enfin, les feux de forêt ont aussi un impact sur les écosystèmes et le cycle du carbone. En effet, les forêts jouent normalement un rôle de puits de carbone, c’est-à-dire qu’elles ont la capacité d’absorber et de stocker le dioxyde de carbone (CO₂) de l’atmosphère, principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique. Mais sous l’effet cumulé des sécheresses et des incendies, certaines pourraient basculer vers un statut de source nette de CO₂ (GIEC AR6, TS.C.2.3).
En France, comme en Europe, le secteur de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et foresterie (UTCATF) reste pour l’instant un puits de carbone net, mais son efficacité s’érode année après année. Sur la période 2015-2024, il a permis une réduction nette d’environ 53 millions de tonnes équivalent CO₂ (MtCO₂eq/an) en France, soit une diminution de 11 MtCO₂eq/an par rapport à la période 2005-2014. À l’échelle du continent, 231 MtCO₂eq ont été captées par les forêts européennes en 2024, notamment grâce aux puits UTCATF italiens, suédois, espagnols et français, ce qui représente un renforcement de 15 MtCO₂eq/an (voir la figure suivante), mais cette progression serait pour partie liée à une augmentation de la quantité de bois mort, qui représente désormais 45% de la biomasse totale des forêts françaises. À terme, avec les incendies, les forêts pourraient devenir des sources nettes de carbone (IPCC AR6 WGII TS.C.2.3).

Comment réduire le risque de feu de forêt ?
Face à cette évolution des risques, la France a engagé plusieurs chantiers de fond ces dernières années, notamment sa stratégie nationale de défense des forêts et surfaces non boisées, publiée en 2025, qui met l’accent sur l’anticipation plutôt que sur la seule réaction. On peut aussi citer la création de la météo des forêts, accessible depuis 2023 et publiée chaque jour par Météo-France.
Les solutions fondées sur la nature : gestion sylvicole adaptée, diversification des essences, maintien de coupures de combustible et pastoralisme, sont de plus en plus mobilisées pour renforcer la résilience des massifs forestiers face au risque de feu. Un exemple de solution est la forêt mosaïque, dont le principe est décrit dans cette vidéo.
Au niveau européen, une nouvelle stratégie adoptée en mars 2026 par la Commission européenne prévoit le renforcement des capacités d’alerte précoce via EFFIS/Copernicus, une flotte européenne d’aéronefs de lutte contre les incendies, le prépositionnement de renforts de pompiers entre pays membres, et la création d’un centre européen de lutte contre les incendies basé à Chypre.
Enfin, chacun peut contribuer à la prévention contre les feux de forêt en respectant quelques principes élémentaires tels que celui de ne pas jeter de mégots dans la nature, ne pas faire de barbecue en forêt ou sur l’herbe, ne pas réaliser de travaux ou de bricolage risquant de provoquer des étincelles dans des zones à risques. Le débroussaillage est également obligatoire dans les zones à risques.

